Faucheurs Volontaires et mouvements environnementalistes : un impact réel sur la recherche et l’innovation en France

[Tweet « test »]26 mars 2019

Faucheurs Volontaires et mouvements environnementalistes :
un impact réel sur la recherche et l’innovation en France.

FOUGIER-Eddy

3 QUESTIONS À…
Eddy Fougier, politologue,
spécialiste des mouvements protestataires.

Les faucheurs volontaires comparaissent au tribunal de Nancy ce mercredi 27 mars pour avoir saccager des essais OGM sur vigne à Colmar en 2010. Pouvez-vous nous dire où en est ce mouvement ? Est-il en perte de vitesse ou a-t-il encore une influence ?

Les principaux acteurs anti-OGM restent actifs. En mars 2019, les faucheurs volontaires ont été ainsi à l’origine de plusieurs actions menées dans des supermarchés dans les agglomérations de Quimper, de Dijon, de Figeac (Lot), de Pamiers (Ariège) ou encore de la région lyonnaise. Ils réclamaient l’identification des OGM dans les produits contenant du colza ou du tournesol génétiquement modifiés par « mutagénèse » cultivés en France (qu’ils qualifient d’« OGM cachés »). On voit bien néanmoins qu’ils ont du mal à trouver un nouveau souffle après l’interdiction par la loi en 2014 de tous les maïs génétiquement modifiés et donc depuis leur « victoire ». Ils ont bien tenté de se « relancer » un peu par cette campagne sur les « OGM cachés », mais elle a bien moins d’impact que les campagnes précédentes. En témoigne aussi le fait que des Faucheurs volontaires font désormais campagne… contre le glyphosate. C’est, en effet, le collectif des Faucheurs volontaires de l’Ariège qui est à l’origine du lancement en 2017 de la « Campagne nationale glyphosate ». Des Faucheurs ont initié une campagne de prélèvements d’urine (technique inspirée par l’association Générations futures) pour soutenir la démarche de leurs camarades qui avaient été arrêtés après avoir détruit du Round-up dans une jardinerie fin 2016-début 2017. Des Faucheurs volontaires de Bretagne qui ont décidé de participé à cette Campagne nationale glyphosate se sont ainsi donné comme nom les Pisseurs involontaires de glyphosate…

Les faucheurs volontaires seraient-ils devenus has been en étant dépassés par des mouvements encore plus radicaux (antispécistes, zadistes, etc.)

Je ne suis pas certain que les Faucheurs volontaires soient devenus « has-been », même s’ils semblent être, en effet, à la fois moins nombreux et vieillissants. En revanche, ce qui semble être un peu « bas-been », ce sont les campagnes sur les OGM. On le voit bien, par exemple, si l’on s’en tient aux articles publiés dans la presse écrite française. Depuis 2008 et l’interdiction de la culture des OGM en France, les thématiques des OGM, des anti-OGM ou des Faucheurs volontaires font l’objet de moins en moins d’articles car elles semblent moins intéresser et/ou préoccuper les lecteurs. On peut avoir le sentiment que sur le « marché de la contestation », les OGM ne sont plus très porteurs et qu’ils ont été remplacés en grande partie par les pesticides : les Faucheurs font campagne sur le glyphosate, GE. Séralini et MM. Robin, porte-étendards à un moment donné de la lutte contre les OGM et Monsanto, publient désormais des livres sur les pesticides. Autre symptôme : Elise Lucet a présenté trois émissions consacrées aux pesticides (Cash Investigation en 2016, Cash Impact en 2018 et Envoyé spécial en 2019) car c’est un thème « vendeur ». Cela ne semble plus être le cas des OGM. A ma connaissance, il n’y a pas eu de Cash Investigation consacré aux OGM.

Au-delà des thèmes de campagne, il est aussi certain aujourd’hui qu’un jeune qui veut se lancer dans l’activisme militant sera plus attiré par la cause animaliste, zadiste ou anarchiste que par les Faucheurs volontaires.

Le mouvement des faucheurs et plus largement ces mouvements environnementalistes ont-ils un impact sur la recherche et l’innovation en France ?

A coup sûr les actions des anti-OGM et en particulier des Faucheurs volontaires ont eu un impact décisif sur la recherche et l’innovation dans le domaine des biotechnologies en France. L’action menée par les Faucheurs en 2010, jugée au tribunal de Nancy à partir du 27 mars, a porté un coup sans doute fatal à la recherche publique en la matière en France. Les activistes ont alors déterré 70 pieds de vigne transgénique dans l’unité de Colmar de l’Inra (cette vigne était résistante au virus du court-noué, une maladie virale affectant la vigne). Or, l’Inra avait pourtant pris au préalable toutes les précautions nécessaires en associant à ce projet sous la forme d’une co-construction l’ensemble des parties prenantes : les scientifiques, les organisations professionnelles agricoles, les collectivités locales et des ONG environnementales. Mais cela n’a pas empêché les activistes de détruire le fruit de nombreuses années de travail en 2009 et donc à nouveau en 2010.
D’ailleurs l’Inra a décidé de ne pas réimplanter cet essai et a même annoncé officiellement en juillet 2013 la destruction volontaire du dernier essai de culture OGM en plein champ sur le territoire français (des peupliers transgéniques cultivés près d’Orléans) alors qu’à la fin des années 1990, la France faisait partie des pays pionniers dans le monde en matière de recherche en biotechnologies.
Plus largement, cette affaire des OGM semble avoir provoqué une sorte de traumatisme au sein des mondes scientifique et industriel en France. Philippe Tourtelier, alors député et auteur d’un rapport d’information sur le principe de précaution en 2010, expliquait ainsi dans un entretien accordé à Libération le 15 juin 2010 que « L’exemple des OGM, avec l’interdiction de la culture du maïs MON810, a laissé un traumatisme ». On le voit bien avec la prudence extrême dont font preuve par exemple les centres de recherche et les industriels à propos d’innovations technologiques potentiellement sensibles comme les nanotechnologies, qui font depuis quelques années déjà l’objet de campagnes de la part d’associations écologistes ou de consommateurs, sans beaucoup d’effet pour le moment. Il est aussi évident que la controverse sur les OGM a alimenté une certaine forme de défiance vis-à-vis de la science et de l’expertise scientifique au sein d’une partie de l’opinion publique.

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Refonder le principe de précaution