Google, Facebook, Amazon… « Big brother avance aujourd’hui à visage découvert »

Pascal Perri est un ancien journaliste qui a écrit des ouvrages notamment sur le transport aérien, la SNCF ou encore Google. Il revient pour TourMaG.com sur les stratégies mises en place pour les GAFAM pour mieux capter nos données personnelles… Et pour lui la situation est irréversible ! Interview.

TourMaG.com – Avec le scandale Cambridge Analytica qui a éclaté fin mars 2018 et qui a secoué Facebook, pensez-vous que les consommateurs sont aujourd’hui conscients du traitement et du parcours de leurs données personnelles ?

Pascal Perri : J’ai des doutes. D’un côté il y a des déclarations d’intention et l’onde médiatique que vous évoquez. Et dans le même temps nous nous apercevons que la fréquentation de Facebook a augmenté de 13% entre le moment où le scandale a éclaté en mars et la fin avril 2018. Ceci même si la récente déconvenue en Bourse de ce réseau social doit poser des questions à ses promoteurs…

TourMaG.com – Pourtant il est clair que les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) chassent leurs données à des fins commerciales ?

Pascal Perri : C’est un sujet délicat. Le modèle est en effet très intrusif. Il va fouiller dans la vie privée des gens mais en même temps les internautes, partout dans le monde, sont sensibles à la facilité d’utilisation des services proposées par ces entreprises.

En réalité je crois que les consommateurs s’aperçoivent qu’ils ont accès à un vrai service. Les réseaux sociaux sont gratuits et accessibles et ils facilitent la vie des consommateurs. Nous pouvons avoir accès à des sources diverses de documentation, y compris commerciales, à des comparateurs de prix, à de petits logiciels…

Tout ceci correspond à un vrai service. Les internautes ont arbitré : le service rendu vaut la contrepartie qui consiste à livrer une partie de ses données.

TourMaG.com – Qu’apporte le nouveau Règlement général sur la protection des données (RGPD) aux consommateurs ?

Pascal Perri : Ce règlement actif depuis le 25 mai 2018 rend en partie du pouvoir d’arbitrage au consommateur. Nous verrons dans le temps comment il peut s’en servir.

Les utilisateurs savent bien qu’ils laissent une empreinte digitale. Le RGPD est une première piqûre de rappel. Est-ce qu’il en faudra d’autres ? Sans doute. Il faudrait envisager un système dans lequel on puisse rappeler assez régulièrement les règles du jeu aux utilisateurs.

Par ailleurs le fait de livrer une partie de sa vie privée, c’est la responsabilité de chacun… Une personne qui met ses vacances sur Facebook envoie une information aux cambrioleurs…

TourMaG.com – Pourrait-on faire machine arrière afin de mieux protéger nos libertés individuelles ?

Pascal Perri : Non ! L’économie des nouveaux usages me semble irréversible. Le taux de dépendance est très élevé. Je ne vois pas les citoyens renoncer à leurs ordinateurs, à leurs smartphones et à tous les outils connectés qui permettent d’avoir accès à des sources d’informations ou de partage, du jour au lendemain. Ceux qui pensent que l’on peut revenir en arrière se trompent.

Pascal Perri - DR

TourMaG.com – Justement comment voyez-vous évoluer ces outils connectés ? Il y a aussi la reconnaissance vocale désormais…Pascal Perri : Effectivement il y a la reconnaissance vocale et demain il y aura la reconnaissance faciale. C’est déjà le cas de façon embryonnaire avec le fameux magasin Amazon Go, qui permet de faire ses courses sans sortir le portefeuille. Il y a eu la première étape qui est celle de la consultation sur l’ordinateur. La seconde étape est celle des chatbots qui permettent d’engager une conversation.La troisième étape est la reconnaissance vocale. Enfin il va y avoir une quatrième étape qui est la reconnaissance anthropomorphique.Les GAFAM sont des entreprises extrêmement agiles et habiles. Elles ne se satisfont jamais d’une situation. Elles ajoutent toujours plus de services pour le consommateur et entretiennent d’une certaine façon cette captivité.
TourMaG.com – Pour vous Big data = big brother ?Pascal Perri : Oui on peut le dire. Mais c’est un big brother qui n’aura pris personne en traître. C’est un big brother qui aujourd’hui s’avance à visage découvert. La data c’est la connaissance client très intime. Nous arrivons à savoir aujourd’hui ce qui motive la décision d’achat, à quel moment elle peut être identifiée et par quel levier. C’est de la consommation prédictive. Les grands opérateurs d’internet ont fait beaucoup de progrès dans ce domaine.
TourMaG.com – L’Europe et les Etats doivent-ils veiller au respect des libertés individuelles ?Pascal Perri : Le problème des Etats c’est qu’ils sont prisonniers de leurs frontières. Il en va autrement de ces entreprises, multinationales, « over the
top » et qui passent au-dessus des frontières. Elles remettent en question l’économie du territoire et ont de surcroît une emprise mondiale et parlent à tous les consommateurs du monde simultanément.C’est un avantage décisif par rapport aux Etats.
Google, Facebook, Amazon… « Big brother avance aujourd’hui à visage découvert »
Refonder le principe de précaution