La communication des agences de santé, notamment l’Anses (1), envers le grand public n’est pas optimale : c’est l’un des constats évoqués à l’occasion d’une table-ronde organisée le 15 octobre par « Oui à l’innovation ! ». Mais là n’est pas la seule raison qui puisse, selon les intervenants, expliquer le climat général de méfiance envers les pesticides. Plusieurs solutions et pistes d’amélioration ont été suggérées.

Faire parler la science

« Les ONG jouent avec le doute scientifique », estime Anthony Guipure, cofondateur du collectif « No Fake Science » et chercheur en biologie moléculaire végétale à l’université de Lausanne. Selon lui, la formation du grand public à la pensée critique et l’amélioration de la communication scientifique sont deux pistes à creuser.

« Le problème, c’est qu’un scientifique honnête nuance ses conclusions », estime Éric Thirouin, secrétaire général adjoint de la FNSEA. Il se demande si la mise en place d’un intermédiaire entre les scientifiques et le grand public pourrait faciliter la transmission d’information, avec les moyens de communication du XXIe siècle. Anthony Guihur précise qu’en Angleterre, une agence (Science Media Center) mêle scientifiques, journalistes et communicants en proposant des experts diversifiés sur tous les domaines. « Cette initiative intéressante se développe également dans d’autres pays, notamment en Suisse », précise-t-il.

Pour Catherine Hill, épidémiologiste à l’institut de cancérologie Gustave Roussy, il faut surtout partager le fait que l’espérance de vie en bonne santé augmente, et parler davantage de la balance bénéfices/risques. Elle estime également nécessaire d’insister sur « l’effet dose » d’un produit.

Communiquer les changements agricoles

Plus proche du terrain, « le contrat de solutions est une petite réussite », affirme Éric Thirouin. Il considère que depuis deux ans, de plus en plus de médias nuancent leurs propos sur les thèmes agricoles. « La démarche, qui associe 40 organismes, n’a pas fait un buzz mais fait son chemin petit à petit. »

Pour Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale pommes poires, le problème est surtout la mise en avant faite par le monde politique, qui donne raison aux ONG. Il faut, selon lui, travailler le lien direct entre producteurs et consommateurs, et encourage l’ouverture des exploitations. Il se dit rassuré par la réceptivité des visiteurs. « Nous avons de bons retours des opérations d’ouverture des vergers », assure-t-il.

H. Parisot

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.