PRINCIPE DE PRÉCAUTION : LE PLUS GRAND RISQUE EST DE RENONCER À INNOVER

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La réforme constitutionnelle actuellement en discussion a pour conséquence directe de modifier le texte fondateur de la République. En 2005, le principe de précaution a été consacré par son intégration dans la Constitution. Bien évidemment, les parlementaires de l’époque y avaient vu une mesure de bon sens destinée à éviter de nouveaux scandales, notamment sur le plan sanitaire. Hélas, il arrive que le bon sens soit teinté d’une grande naïveté. Au nom de l’intention louable de protéger la population, le principe de précaution est en effet devenu au fil des ans un principe d’inaction, bloquant toute innovation. Certains lobbies, en particulier les ONG, ont fait du principe de précaution un argument irréfutable pour arbitrer certains débats en lieu et place de la connaissance scientifique. OGM, pesticides, perturbateurs endocriniens, nanotechnologies… La liste des objets de recherche devenus impossible est longue. Les conséquences sont désastreuses pour notre industrie, nos chercheurs, nos universitaires et pour l’ensemble de la chaîne de création de valeur. Le principe de précaution a un coût économique élevé. Il est aujourd’hui un bâton dans les roues de la croissance.

À l’occasion des débats parlementaires sur la révision de la Constitution, il aurait été possible d’équilibrer le socle de notre droit en complétant le principe de précaution par le principe d’innovation. Nous sommes allés beaucoup trop loin dans l’interprétation et la pratique du principe de précaution. Nous en sommes arrivés à la reconnaissance par la justice d’un préjudice d’angoisse lié à la présence d’antenne relai pour la téléphonie mobile. L’impact sur la santé des ondes émises n’est pas prouvé. Mais le seul fait de se déclarer angoissé se traduit, au nom du principe de précaution, par la définition d’un préjudice. Si l’existence du mal est hypothétique, ses conséquences financières sont bien réelles. La société du risque zéro n’est pas sérieuse sur le plan scientifique. Et cela n’est pas sans conséquences directes et indirectes sur notre avenir. Comment aurait-on pu inventer le vaccin contre la rage si on avait freiné la science ? La France prend aujourd’hui du retard dans la recherche et l’innovation par rapport aux autres pays. Dans un monde globalisé, cette concurrence affaiblit notre économie, notre compétitivité et notre croissance. En renonçant à graver dans le marbre de la Constitution le principe d’innovation, les parlementaires ont raté une occasion de corriger le tir.

L’innovation est toujours une marche en territoire inconnu. Il faut l’accepter. Pour y parvenir de manière sereine, il faut éviter de confondre risque et danger. Si le lion est dangereux, aller le voir de près lorsqu’il est dans une cage ne présente aucun risque. En réalité, le plus grand risque est de ne plus innover et d’accepter l’immobilisme. Il ne faut pas avoir peur de l’innovation. En France, elle est encadrée et régulée. Ce n’est pas une activité de kamikaze livrée à des savants fous. Elle n’a d’autre objet que d’améliorer notre vie quotidienne. La peur peut vite devenir un boulet pour toute la société. Il y a urgence à promouvoir en France une authentique culture de l’innovation.

PRINCIPE DE PRÉCAUTION : LE PLUS GRAND RISQUE EST DE RENONCER À INNOVER
Refonder le principe de précaution