Episode 1 – Déconstruire les idées reçues sur l’alimentation. Mangeons-nous moins bien qu’avant ? Entretien avec le docteur Jean-Michel Lecerf

D’où vient cette idée persistante selon laquelle nous mangerions moins bien qu’avant ?

Cette perception repose davantage sur des croyances et des discours alarmistes que sur des faits. Contrairement à ce que l’on entend souvent, la qualité nutritionnelle des aliments ne s’est pas dégradée. À variété égale, un fruit ou un légume contient aujourd’hui les mêmes nutriments qu’il y a 30 ou 40 ans. Ce qui a changé, c’est notre rapport à l’alimentation et notre manière de consommer. Nous mangeons globalement moins, avec des dépenses énergétiques moindres, et dans un contexte d’abondance alimentaire. Ce n’est pas la nature des aliments qu’il faut remettre en cause, mais notre capacité à diversifier et équilibrer nos choix. La clé reste la variété : c’est elle qui permet d’assurer les apports nécessaires tout en évitant les excès.

Faut-il s’inquiéter des contaminants présents dans l’alimentation ?

Il existe des contaminants dans notre environnement et dans ce que nous mangeons — cela a toujours été le cas. Certains viennent de l’activité industrielle ou agricole, d’autres sont d’origine naturelle (comme les mycotoxines ou le mercure marin). Mais parler d’intoxication chronique est une exagération. Notre organisme dispose de systèmes de détoxification performants (le foie, les reins), et certains aliments comme les crucifères les soutiennent naturellement. Les études épidémiologiques montrent que plus on consomme de fruits, légumes ou poissons — y compris issus de l’agriculture conventionnelle — meilleure est la santé globale. Il faut bien sûr continuer à réduire certains polluants, mais sans céder à l’idée que « tout est toxique ». L’alimentation, globalement, reste un facteur de protection.

Comment expliquer la multiplication des régimes restrictifs et des exclusions alimentaires dans nos sociétés ?

Cette tendance traduit une inquiétude croissante autour de l’alimentation. Beaucoup de régimes ou pratiques « sans » naissent d’un besoin de contrôle, d’un désir de mieux faire, ou d’une influence des réseaux sociaux et du marketing. S’ils sont justifiés dans certains cas médicaux (intolérances, maladies cœliaques…), ils deviennent problématiques lorsqu’ils reposent sur des croyances infondées. L’essor de ces exclusions crée une confusion, nourrit des peurs et rend plus difficile la convivialité alimentaire. L’objectif ne doit pas être d’éliminer à tout prix, mais de mieux comprendre ce que l’on mange. Ce dont nous avons besoin, c’est de repères clairs, fondés sur la science, pour retrouver une approche sereine et équilibrée de l’alimentation.

Découvrez-en plus dans l’interview du docteur Jean-Michel Lecerf ci-dessous :